Nous voilà à Manaus, une ville dont on dit quŽelle a peu de charme. CŽest le moins quŽon puisse dire en ce dimanche de juin. La ville nous semble laide et morte : pas un chat dans les rues calmes, on se croirait dans une ville fantôme. La chaleur humide est pesante : nous sommes en Amazonie.
Par la suite, Manaus se révèlera bien vivante, mais elle ne sera jamais parvenue à nous séduire.
Peu importe en réalité : cŽest pour la forêt qui lŽenserre que nous sommes venus : la forêt amazonienne, poumon de la planète, gisement dŽor vert...
Avant de nous aventurer au coeur de la jungle, nous nous sommes rendus, à quelques pas de Manaus, au lieu dit de la rencontre des eaux.

Il sŽagit du point de rencontre entre le Rio Negro (qui prend sa source en Colombie) et le Solimões (qui vient du Pérou, où il porte déjà le nom dŽAmazone). Ces 2 fleuves, qui donneront naissance à lŽAmazone, se rejoignent de façon insolite : le Rio Negro aux eaux noires et le Solimões, jaune et limoneux, vont refuser de fusionner et continueront à couler côte à côte sur des dizaines de km en sŽignorant superbement. CŽest la différence de rapidité, de densité et de température des 2 cours dŽeau qui explique ce phénomène.
CŽest à cet endroit que nous avons fait notre 1ère rencontre avec la faune amazonienne : celle dŽétranges dauphins roses qui peuplent volontiers les eaux noires du Rio Negro mais viennent pêcher dans celles, plus riches en poisson, du Rio Solimões.
Un peu plus loin, nous avons aperçu les fameux nénuphars géants dŽAmazonie ; et avons traversé un village flottant.

Puis nous sommes partis nous aventurer plus au coeur de lŽexubérante nature amazonienne. LŽAmazonie possède un vaste bassin hydrographique parcouru de milliers de cours dŽeau qui serpentent, en formant dŽinnombrables lacets, au coeur de terres encore vierges. Nous avons, après 2h de voiture depuis Manaus, rejoint lŽun dŽeux, appelé le Rio Preto. Ses eaux noires et acides, comme celles du Rio Negro, éloignent les moustiques et font un paradis de ce qui aurait pu être un enfer vert (seuls 20% de la région amazonienne bénéficient de cette influence bienfaitrice).

Puis, accompagnés dŽOjmar, notre guide indien, nous avons parcouru, dans une petite pirogue à moteur, un véritable labyrinthe aquatique pendant près dŽune heure et demie.

Y trouver son chemin est dŽautant plus périlleux que ce labyrinthe naturel change avec les saisons et les mouvements du fleuve : les Indigènes ne comprennent pourtant pas que lŽon puisse sŽy perdre
Dès les 1ers km parcourus, nous avons eu le sentiment dŽêtre loin de tout, dans un autre monde.
Autour de nous : lŽeau noire, plane et brillante comme un miroir, du Rio Preto ;



le ciel et les nuages sŽy reflètent si bien quŽon plongerait volontiers dans ce bleu pur qui semble si accessible, en traversant au passage un doux nuage crémeux

Et puis il y a le vert dans toutes ses nuances, touches de couleur jetées sur la toile dŽune représentation de lŽanarchie : des arbres en tous genres dont la base disparaît dans 5 mètres dŽeau sombre, comme happée par le fond arbres parfois renversés, comme figés dans un ultime effort pour échapper à lŽimmersion.

Notre bateau file dans ce couloir naturel, sur un cours dŽeau qui ignore les limites de son lit : de part et dŽautre le regard se perd dans la forêt avant dŽavoir pu apercevoir la terre ferme. La pirogue quitte parfois le lit du fleuve pour se faufiler à la vitesse de lŽéclair entre les arbres de cette forêt inondée.

Nous apercevons de temps à autre un aigle qui plane au-dessus de la cîme des arbres, une sorte de petites hirondelles qui filent devant nous en frétillant bruyamment des ailes, ou encore des libellules géantes, des oiseaux colorés perchés sur de longues pattes frêles...
Après 1h30 de course folle dans cet univers paradisiaque, nous atteignons le campement de Malocas, petite oasis où sont plantées quelques cabane : notre QG au milieu de la forêt.

Le temps de déposer quelques affaires dans la cabane où sont installés nos hamacs...

...de faire connaissance avec le perroquet du coin...

...puis de prendre un repas à base de poisson dŽAmazonie acheté le matin même au marché de Manaus, et nous voilà partis à la découverte des alentours avec Ojmar.
Nous montons dans une pirogue de bois et pagayons jusquŽà une autre rive. Sans le bruit du moteur, nous pouvons prendre toute la mesure du profond et bienfaisant silence qui nous entoure, troublé de temps à autre par les cris étonnants des oiseaux, le bruissement de leurs ailes, le bourdonnement dŽune libellule...

Nous voilà sur la terre ferme. Nous pénétrons au coeur de lŽépaisse forêt. Elle est partout, et les arbres sont si hauts, la végétation si dense, que nous nous retrouvons bientôt dans une semi-obscurité (bien peu rendue par le flash de notre appareil photo).

Ojmar se met à galoper devant nous, comme à son habitude, abattant sa machette de toutes parts pour nous frayer un semblant de chemin ; fidèles à nous-mêmes, nous ne le laissons pas nous semer.
Petite pause photo avec Ojmar :

Ce furent ainsi près de 3 heures de balade le 1er jour, 5 heures le 2ème, 4 heures le 3ème... suivant un chemin plus ou moins net, parfois pas de chemin du tout, et nous faufilant entre les arbres et les plantes, évitant, tels des aventuriers chevronnés, des milliers dŽobstacles naturels : cours dŽeau à franchir en équilibre sur un tronc dŽarbre, lianes qui sŽenroulent autour des pieds et qui nous acculent parfois à un trébuchement indigne des Indiana Jones que nous avions cru être, lŽespace dŽun bref instant...

et puis plantes aux tiges couvertes dŽépines acérées, sol rendu soudain meuble par le passage dŽun minuscule cours dŽeau...
Les toiles dŽaraignée, on ne peut les éviter : elles sont des milliers, dŽune finesse extrême, le plus souvent invisibles, et partout présentes... Ojmar, en tête de file, étant trop petit pour nous débarasser par son passage de la totalité dŽentre elles, cŽest le visage de Julie, un peu plus haut perché, qui en ramassait la suite, et celui de Wil qui se payait les plus hautes... Bonne répartition des tâches dans ce petit groupe !
Mais si ces petites araignées sont inoffensives, ça nŽest pas le cas de ces moustiques géants qui nous suivaient sur plusieurs dizaines de mètres avec un bourdonnement obsédant... le genre quŽon continue à entendre une fois la bestiole anéantie. Rien de méchant mais nous nŽavions aucune envie dŽexposer notre peau dŽinnocente victime à ces énergumènes, de se faire aspirer le sang par leur trompe de plus dŽ1 cm de long...
Nous avons, pendant cette balade, découvert un tas de trucs nouveaux. Les arbres à caoutchouc, par exemple : une légère entaille dans leur écorce produit un flot de liquide blanc : le latex, celui qui a fait, un temps, la richesse de Manaus.
Il y a aussi ces arbres immenses au troncs étrange : le bois y semble tendu comme la peau entre les phalanges dŽune grenouille.

Un coup de machette dessus produit un son digne dŽun tambour aztèque, qui résonne et se propage sur des kilomètres à la ronde...

Plus étonnant encore : les lianes coupe-soif. Rouges et épaisses, elles sont gorgées dŽeau, juste sous lŽécorce ; il suffit de sŽen couper un morceau à la machette (rapidement, et en 2 endoits différents, car en cas de coupe lŽeau reflue naturellement vers le point le plus haut de la liane, souvent perché à plusieurs mètres de hauteur), de le brandir pour boire lŽeau qui sŽen écoule immédiatement.
Petite démonstration par notre hôtesse : (ya presque plus dŽeau, on nŽa pas assez vite dégainé lŽappareil)...

... utile quand on sŽenfonce dans la jungle sans pouvoir emporter suffisamment de réserves dŽeau.

Nous aurons aussi appris à écouter et reconnaître les bruits de la jungle : le chant de cet étrange oiseau au son duquel on jurerait entendre un réveil sonner ; celui du « capitaine de la selva », une véritable mélodie quŽon entend avec soulagement lorsquŽon cherche un point dŽeau (lŽoiseau nŽen est jamais loin) ; les bruissements des feuilles ou la chute dŽun fruit qui annoncent la présence des singes lents ; le « toc-toc » que fait le bec du pic-vert sur le tronc des arbres ; le cri strident du toucan... des bruits que lŽon parvient à entendre lorsquŽon se déplace en silence (grands bavards sŽabstenir) et que lŽon se tient en éveil, comme Ojmar, lŽoreille en permanence à lŽaffût...
En rentrant au campement le 1er soir, nous avons aperçu un toucan qui franchissait le fleuve, depuis les cîmes des arbres... puis un coucher de soleil assez sympathique.

Après un dîner de poisson dŽAmazonie le tucunaré, notre préféré, fourré à la farine de manioc nous sommes partis avec Ojmar et lŽun des ses accolytes à la chasse aux caïmans (en tout bien tout honneur, nous ne voulons tuer personne !).
En braquant nos lampes, depuis la pirogue, sur la surface de lŽeau, nous apercevions dans la nuit lŽéclat orangé dŽun oeil hypnotisé par la lumière... exquise sensation que celle dŽêtre entourés de caïmans (surtout quand on sait que ces eaux ne sont peuplées que par les plus petits dŽentre eux, qui sont aussi les moins agressifs...)
Après une heure ou deux de tentatives infructueuses pour attraper une de ces bêtes, nous sommes partis nous coucher, un peu déçus, néanmoins contents des les avoir aperçus, de près, à la lueur de la lampe. Un peu plus tard cependant, nous aurons eu lŽoccasion dŽen voir, et même dŽen tenir un dans nos mains : un tout petit (

Nous avons passé notre 1ère nuit dans la jungle au campement, installés dans nos hamacs et protégés des animaux ou de la pluie par les murs de la cabane.

Seules (du moins à notre connaissance) une grenouille et quelques lucioles seront parvenues à se frayer un chemin jusque chez nous...
Dès le lendemain, nous choisirons de dormir dans la jungle même : expérience bien plus passionante !
Nous (rejoints entre-temps par 2 Italiennes sympas qui sont venues compléter notre petit groupe) avons, ce soir-là, établi notre campement près dŽune petite chute dŽeau.

Nous y avons installé nos hamacs et moustiquaires intégrales...

...et avons entrepris dŽallumer un feu avant la tombée de la nuit. Faire naître et entretenir un feu dans ces contrées humides nŽest pas simple... lŽaide dŽOjmar fut providentielle.
Et puis nous sommes allés nous baigner dans lŽeau marron (comme celle du Rio Preto) de la rivière à priori peu attrayant, mais le bain fut rafraîchissant à souhait après une journée passée à baigner littéralement dans notre sueur, dans la chaleur moite de la forêt. Sur le bord de lŽeau est venu se poser un papillon de la taille dŽune main
Là-dessus, un petit dîner de riz, de saucisses et bananes grillées, et nous voilà fin prêts (sauf Wil évidemment) à aller nous coucher sous un toi de feuillage, au milieu des bruits de la jungle... Ojmar sŽétant arrangé pour que le feu survive jusquŽau petit matin et que la fumée éloigne les animaux mal intentionnés...

7h30 le lendemain.
Nous voilà repartis, après un très, très frugal petit déj, pour 4 heures de marche. Objectif : voir, si possible, des tarentules. Mais ce jour-là elles nŽont pas assouvi notre curiosité ; nous avons vu de grosses araignées, certes, mais indignes de notre témérité. Nous avons pourtant fait bien dŽautres découvertes.
Evènement rarement vécu, à en croire notre guide : nous lŽavons vu avaler lentement sa proie qui, la tête la première dans le gosier de son prédateur, sŽaccrochait jusquŽau bout, désespérément, aux herbes qui se trouvaient encore à portée de sa queue (regardez bien la photo)

Nous avons vu aussi des singes, des grenouilles étonnamment bien camouflées, certaines minuscules, et dŽautres plus grosses, peu farouches car venimeuses ; une dangereuse chenille dotée de redoutables épines
qui avait élu domicile sur la manche dŽOjmar
Enfin, faute de voir et de se faire attaquer par le jaguar, nous aurons été témoins de son passage via des empreintes dans le sable ou des traces de griffes sur le tronc des arbres.
Ce furent des moments intenses !
LŽAmazonie compte près de 20 000 espèces végétales qui ne poussant nulle part ailleurs, et possède à elle seule 23% de lŽensemble des espèces de la planète... sachant que des milliers y restent encore à découvrir.
Et pourtant, elle subit une véritable catastrophe écologique : des centaines de km² de forêt sont anéantis chaque jour au profit, souvent, de grandes multinationales, et les organismes internationaux tardent à intervenir. En 30 ans, ce serait près de 14% de la forêt qui aurait disparu (surface équivalente à celle de

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